COVID-19 : Comment gérer l’épidémie d’anxiété

 Il est normal d’être inquiet au sujet du nouveau coronavirus (COVID-19) … mais ne nourrissons pas cette anxiété.

Il existe aujourd’hui 2 épidémies, celle du nouveau coronavirus maintenant connu sous le nom de COVID-19, et l’épidémie d’anxiété liée à la peur d’attraper ce virus ; cette dernière se propage encore plus rapidement ; elle est plus contagieuse et plus dangereuse car elle s’autoalimente, bien malgré elle.

Il est normal d’être inquiet d’attraper le COVID-19 car il s’agit d’un nouveau virus que nous ne connaissons encore pas bien et pour lequel, même si c’est en développement, il n’y a encore aucun vaccin. Il y a donc beaucoup d’incertitude, or les humains n’aiment pas l’incertitude. Nous aimons savoir ce qui se passe, prendre des précautions et nous préparer. Sans cela, nous nous sentons en danger, et c’est d’ailleurs ce qui explique la réussite de notre espèce. C’est également ce qui est au cœur de l’épidémie d’anxiété aujourd’hui. Dans notre quête de certitude, nous cherchons à être informés et rassurés.

Mais si nous ne sommes pas attentifs à nos actes, ainsi qu’à ce qui se passe au cours de notre processus de réflexion quand nous sommes en recherche d’information, alors nous prenons le risque réel de renforcer nos incertitudes et par la même notre anxiété.

C’est une bonne chose d’être informé … à condition d’avoir les bonnes informations 

Des informations nouvelles et intéressantes au sujet du COVID-19 arrivent quotidiennement. L’OMS a produit d’excellentes vidéos informant sur les risques et les précautions à prendre pour rester en bonne santé. Malheureusement, de nouvelles informations qui ne sont d’aucune aide arrivent également tous les jours.

Notre ère digitale nous bombarde en permanence d’informations en temps réel sur le décompte du nombre de morts. Nous voyons défiler, sur les réseaux sociaux, des vidéos de l’autre bout du monde, montrant des individus attrapant le virus et tombant raide mort dans la rue. Nous sommes témoins de rumeurs au sujet d’usines chinoises produisant du papier toilette à qui l’on demanderait de diviser par 2 sa production afin de produire des masques chirurgicaux. Noyés sous ces informations, nous perdons de vue ce qui est factuel et utile.

Recevoir trop d’information semble nous faire perdre notre bon sens. Nous essayons d’être utiles en transférant ces vidéos à nos amis pour leur montrer à quel point les choses vont mal. Nous les interrogeons innocemment pour savoir s’ils ont vu la vidéo de cet homme qui s’écroule mort dans la rue et élaborons ensuite nos propres hypothèses au sujet des risques que cette vidéo suggère. Dans d’autres cas, nous agissons sur la base de ouï-dire au sujet de pénuries de nourriture ou de produits ménagers, nous spéculons au sujet de théories du complot ou d’opérations de dissimulation et nous laissons nos propres préjugés émerger et influencer nos actions. Et avant de nous en rendre compte, nous nous retrouvons perdus dans une toile d’informations potentiellement imprécises et à l’écoute de rumeurs alarmistes, mais que nous prenons malheureusement pour des faits sur lesquels nous basons nos actions.

Cela ne dissipe pas les incertitudes mais les nourrit. En effet, en agissant sur la base de données non factuelles, nous nous engageons dans un mode de pensée appelé « catastrophisme ». Nous nous mettons à imaginer « et si c’était moi … », « et si quelqu’un que j’aime ou moi-même attrapait ce virus … », « et si je mourrais … », « et s’il n’y avait plus de nourriture disponible… » ?

Le catastrophisme mène tout droit à l’anxiété

Lorsque nous sommes anxieux, ou inquiets face à une menace, que celle-ci soit réelle ou non, notre cerveau réagit comme si cette menace se dressait devant nous et risquait de nous tuer. Nous entrons alors dans le mode “lutte ou fuite”, un état de l’organisme et du cerveau qui permet la survie.

L’adrénaline libérée nous rend nerveux mais également vigilant, nos musclent se tendent, notre esprit s’emballe et notre cœur accélère. Dans cet état, nous ne pensons plus vraiment de façon objective et nous faisons abstraction de toute information qui n’est pas liée à la menace.

Ce catastrophisme n’aide pas non plus, parce que la question “que se passera-t-il si?” s’accompagne également de “ce sera absolument horrible” et “je ne peux rien faire contre”. C’est la pensée du “pire des scenarios” et c’est là que réside le problème. Nous pensons et agissons comme si nous étions déjà entrés dans ce pire scenario possible alors que c’est faux. C’est ainsi que l’anxiété s’autoalimente.

Il est normal d’être anxieux

Vous avez raison d’être anxieux à propos du COVID-19, mais cette anxiété doit être raisonnée, basée sur les faits. Cela vous aidera à prendre les bonnes décisions, pour éviter de tomber malade et de diffuser le virus, mais également pour éviter de propager l’anxiété.

Le bon niveau d’anxiété est celui qui nous aide à prendre des décisions appropriées à la menace réelle et non à celle que l’on imagine dans le pire des cas.

 

Comment ne pas alimenter l’anxiété

  • Admettez votre anxiété - c’est normal -  mais réfléchissez à la manière avec laquelle vous vous adresseriez à un enfant effrayé, et adressez-vous à vous-même de la même façon. Lui conseilleriez-vous de regarder toutes les vidéos qui passent sur les réseaux sociaux montrant des individus qui s’écroulent dans la rue, de faire tous les magasins possibles pour trouver la nourriture nécessaire, de paniquer, de dire à tout le monde que la situation est vraiment mauvaise ?  Non bien sûr. Vous lui diriez probablement (et heureusement) que tout ira bien, qu’il faut penser à se laver les mains et se tenir éloigner des autres ou du travail si l’on ne se sent pas en forme, mais que l’on s’en sortira.
  • Agissez uniquement sur la base de faits réels, fiables et inébranlables. Ne faites pas vos propres suppositions et ne vous fiez pas aux gros titres. Ne prenez pas les informations des journaux à sensation pour des faits, ils ne sont pas experts en épidémiologie, ils sont experts en sensationnalisme. Ils savent comment faire vendre leurs journaux ou augmenter leurs nombres de clicks.
  • Ne cherchez plus à vous rassurer ou à trouver des informations sur internet. Eteignez les notifications alarmistes. Recherchez des informations sur Google peut alimenter votre anxiété et engendrer plus d’incertitudes car faits réels et fictions se percutent alors.
  • Essayez d’encourager vos amis à ne pas participer à la contagion de la panique et des rumeurs. Si vous entendez quelqu’un citer une chose qui semble fausse, interrogez-le sur ses sources et ses preuves, et rappelez-lui qu’il réalise l’équivalent psychologique d’un éternuement au visage d’une personne qui ne porte pas de masque.

Plutôt que de réfléchir en terme de “et si ?”, rapprochez-vous du “ici et maintenant” en vous posant les questions “que se passe-t-il en ce moment ?” et “que sais-je exactement ?”

  • Mettez les choses en perspectives. Il est maintenant reconnu que COVID-19 est plus contagieux que le SRAS, mais il n’est pas plus mortel. Si le nombre de personnes infectées augmente cela signifie que la mortalité de la maladie diminue. Cela peut sembler illogique mais c’est vrai. Exemple: si une maladie atteint 100 personnes et qu’1 personne meurt, le taux de mortalité est de 1%. Si 10 000 personnes sont infectées et qu’il y a 10 morts, le taux de mortalité chute alors à 0.1% ce qui implique que la maladie est finalement moins grave que ce que l’on croyait au début. Les personnes qui succombent de cette maladie dans le monde sont surtout des hommes âgés qui sont également malades par ailleurs. La grippe a déjà fait 10 000 morts aux Etats-Unis cet hiver. Et c’est la même chose chaque hiver, pourtant on ne s’en soucie pas vraiment.
  • Ayez un peu de gratitude. Pensez à la chance que vous avez et regardez le côté positif des choses. La fermeture des écoles permet à certains parents de passer plus de temps avec leurs enfants. La possibilité offerte aux employés de travailler de chez eux peut ouvrir la voie à des options professionnelles souples et intelligentes à l’avenir pour améliorer l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée.
  • Essayer d’avoir un peu de compassion afin de calmer votre anxiété. Evaluer l’impact sur les autres, des actions que vous réalisez sous le coup de l’anxiété (propager des histoires sur les réseaux sociaux, faire des réserves). Les gens qui donnent sont en meilleure santé que ceux qui prennent. Une attitude positive est comme une immunité psychologique. Restez psychologiquement unis aux autres, ne vous isolez pas. Continuer à soutenir les magasins et restaurants locaux qui se sont occupés de vous en des temps meilleurs.

Pour en apprendre plus sur les dernières statistiques et recherches à propos du COVID-19, cliquer ici

 

Topics: Mental Health, Health & Wellness

Gira Patel

Gira Patel

Gira started working as a Mental Health Counsellor at OT&P in October 2014. She graduated in 1999 from Leeds University Medical School, UK, and is a qualified, registered psychiatrist in the UK but not registered in Hong Kong. During 10 years of training in psychiatry, she gained experience in Adult Psychiatry, Old Age Psychiatry, Perinatal Psychiatry, Child & Adolescent Psychiatry, Liaison Psychiatry and Psychotherapies. She acquired her MRCPsych in 2005. Some of Gira's special interests are anxiety, stress, depression and perinatal mental health.

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